Histoire: 17 et 18ème siècles

Au 17ème siècle: Recherches minières et orpaillage
Henri IV encouragea le développement minier en exemptant certaines matières du droit de régale, en réformant l'administration des mines et en commanditant des recherches. L'exploitation de la mine d'or de Saint Martin la plaine, dans la Loire daterait de cette époque.
Nicolas Gobet, 1778
Recherches historiques sur la Jurisprudence
et l'exploitation des Mines de la France :

Dans cette démarche s'inscrivent les recherches de Jean Malus et fils, ainsi que les rapports du Baron et de la Baronne de Beausoleil.

Indices d'or en Bretagne, Baronne de Beausoleil, 1640:
L'activité de recherche minière des Beausoleil, qui ne concernait pas que l'or, commanditée pourtant par Henri VI puis par le surintendant des mines de louis XIII parut suspecte aux autochtones et les Beausoleil se firent de redoutables ennemis: Le Prévôt provincial de Morlaix La Touche Grippé, vit dans ces pratiques sorcellerie et magie. Usant de son pouvoir de police et s'appuyant sur l'hostilité de ses concitoyens envers les Beausoleil,  il se fit ouvrir pendant leur absence les portes de leur maison, en présence du Procureur du Roi, pour perquisitionner et pour confisquer les bijoux de la baronne, les échantillons de minerais, divers papiers dont « les mémoires des lieux où ils avaient trouvé des minéraux, épreuves qu'ils en avaient faites , instruments pour découvrir les mines ». A leur retour les époux Beausoleil ne purent que constater les faits et protester inutilement. En 1632 la baronne de Beausoleil fit paraître la Véritable déclaration des Mines du Royaume de France où elle rappelle qu'elle a « été dépouillée d'une grande partie de ses biens par La Touche Grippé ». Malgré ses protestations, répétées en 1640 dans La Restitution de Pluton, elle n'obtint jamais gain de cause et ayant encouru l'hostilité du tout puissant Cardinal Duc Richelieu, ami de La Touche Grippé, les Beausoleil mourront enfermés au cachot, elle à Vincennes, son époux à la Bastille, comme hérésiarques et charlatans. On ne connaît même pas la date de la mort de ce couple de chercheurs remarquables. Le rapport original sur les mines de Bretagne ne sera redécouvert que près de 100 ans plus tard par Nicolas Gobet et publié dans l'ouvrage: Les anciens minéralogistes du Royaume de France.

Par manque d'or minier, l'orpaillage restait largement pratiqué sur les bassins des cours d'eau aurifères des Pyrénées, du Massif central, des Alpes, du Massif Armoricain, sur le Rhône et sur le Rhin, en général en activité de complément.

Des documents d'archives prouvent la pratique de l'orpaillage en Roussillon à cette époque, alors rattaché à la couronne des rois d'Aragon.
Louis Companyo, citant Morer, archiviste
(Histoire Naturelle du département des Pyrénées-Orientales, 1861):

La concession de "l'Orenguer de Fourques" accordée en 1603 n'est pas limitée dans le temps et dans l'espace, si ce n'est par les possibilités de déplacement de l'époque. Elle ressemble plus à un permis d'exploitation des rivières et torrents des Aspres autour de Fourques qu'à une autorisation de recherches comme les deux suivantes.

Des prospections personnelles menées sur ce secteur des Aspres ont révélé que presque tous les torrents et rivières de ce district sont aurifères, des teneurs en or de 0,5 g/T à  4g/T sont atteintes sur les placers d'alluvions, elles dépassent 20g/T sur des placers de failles et les marmites, exceptionnellement 500g/T mais sur seulement quelques litres d'alluvions. Sachant qu'en ces ces lieux il faut environ 4 demi-journées pour récolter 1 gramme à la batée (correspondant à 1 heure de notre SMIC) et que le pouvoir d'achat de l'or était 100 fois plus fort à la renaissance (et 400 fois plus fort au moyen-âge), on peut considérer que ce même gramme représentait pour notre "Orenguer" trois semaines d'un salaire ouvrier pour au maximum 2 jours de travail parfois même récolté en seulement quelques heures les jours de chance. Il ne se contentait certainement pas d'un simple travail à la batée sur les sables, il semble que cet orpailleur utilisait des tissus ou des peaux posées dans le lit des torrents, et sur des constructions de brique construites à cet effet dans le lit même des torrents. Pour aider la nature, l'argile des terrains aurifères adjacents était attaquée, sapée pour être projetée dans les cours d'eau par l'"Orenguer" à l' amont des installation de lavage. L'usage du mercure était connu et employé avec des pertes importantes comme en témoignent les nombreuses traces mercureuses grises fréquemment observées sur l'or qu'on récolte actuellement à Fourques et à Villemolaque mais aussi sur l'or du Tech et la Têt dans la plaine du Roussillon, lieux cités par Morer. On ne trouve par contre aucune trace de mercure dans les ruisseaux et torrents auriféres du Roussillon un tant soit peu éloignés de ces concessions historiques.
 

Au 18ème siècle: Découverte d'or filonien, Orpaillage

Louis XV et Louis XVI favorisèrent le développement des recherches minières et de la minéralogie. Louis XV finança recherches et exploitations. En 1751, reprenant Louis XI, il produit un arrêt visant à faire respecter et à rappeler la réglementation en matière  de Cueillette d'Or et d'Argent de Pailloles. Une chaire d'enseignement de la minéralogie fût mise en place par Louis XVI.

L'exploitation et la prospection minière reprirent avec la découverte et les importants travaux dans la mine de la Gardette en l'Oisans en 1770 ; cette découverte démontra qu'il existe des filons d'or sur le territoire métropolitain, ce qui était considéré jusque-là comme impossible.
De nombreuses petites mines maintenant inexploitées et quasi oubliées furent exploitées artisanalement à cette époque.

L'orpaillage fut toujours pratiqué sur le Rhin, le Rhône, les Cévennes, l'Ariège, comme en témoignent De Réaumur, Guettard et De Dietrich dans leurs mémoires sur l'or des rivières françaises.

En 1750 l'Hôtel des monnaies de Toulouse enregistrait annuellement presque 49 Kilos d'or de pailloles.
Au 18ème siècle cet Hôtel des monnaies enregistra jusqu'à 95 Kg d'or annuels déposés par les orpailleurs de l'Ariège, du Salat et de la Garonne.

Le bureau de Pamiers, n'ayant tout au plus que deux lieues d'arrondissement enregistrait presque 20 Kg d'or en 1751, sans compter la contrebande florissante: étrangers et colporteurs achetaient tous les jours de l'or aux habitants, avant qu'il ne soit remis au bureau de Pamiers. L'or décrit par Monsieur Pailhès, changeur du Roi à Pamiers est constitué de paillettes millimétriques de quelques centièmes de grammes à 0,63 grammes, de grains de 0,1 g à 3,2 grammes, une pépite de 15 grammes y fut déposée à cette époque.
Il décrit les orpailleurs Ariègeois rusés et fort habiles à trouver les gros grains dans les petits ruisseaux et les rigoles de Bénagues et Varilhès, après les crues, à l'aide de simples sébilles de bois.

Les expériences menées au 18ème siècle par Antoine de Réaumur sur la récupération au mercure montrent que ces techniques utilisant l'amalgamation, telles qu'elles étaient pratiquées, engendrent parfois presque 50% de pertes.

Pour l'Ariège, De Dietrich déplore le peu d'usage qu'il est fait en ces lieux de tables de lavage et surtout l'absence de crible. Il semble constater que les orpailleurs du Rhin ont développé des techniques plus affinées sur ce fleuve pourtant moins productif.

Gua de Malvès invite à considérer les fissures des lits et anciens lits des rivières cévenoles: Gardons, Cèze et Hérault comme de véritables mines d'or.

Déjà, De Gensanne suggère pour le Languedoc une exploitation associée à celle des sables et graviers, en sablière.


Planche de De Dietrich,
copie "mise à jour d'une planche" d'Ercker

Exploitation aurifère du Rhin,
au 18 ème siècle,
Mémoire de de Dietrich

Les récoltes records enregistrées par les divers hôtels des monnaies à cette époque s'expliquent par les disettes gigantesques qui ont sévi au 17ème et surtout au 18ème siècle. Il n'y avait pas plus d'or, c'est qu'on le cherchait plus, à cause de la famine et de l'inflation. Les récoltes d'or exceptionnelles amenées par les orpailleurs aux hôtels des monnaies correspondent en général à des années où la mortalité a dépassé la natalité. Le siècle des lumières fut aussi celui de la faim, à cause des mauvaises récoltes dues à des canicules et à des hivers glaciaux récurrents. Le 18ème représente une sorte de minimum historique de la disponibilité alimentaire par personne. Les auteurs du 18ème indiquent bien que l'or de pailloles parvient à peine à nourrir ceux qui le cueillent.

La révolution, par un arrêté de 1791, transforme le droit royal minier et instaure pour les ressources métalliques, minières et carrières un droit de concession étatique mais il donne paradoxalement aux propriétaires terriens un droit d'exploitation systématique qui sera supprimé par les lois minières de 1810.



Documents anciens:

-Nicolas Gobet, 1779, Compilation et notes sur les ouvrages de Malus (1600) , Beausoleil (1632) et autres:
Les anciens minéralogistes du Royaume de France:
- Première partie
- Seconde Partie

Antoine de Réaumur, 1718:
-Des Rivières et Ruisseaux du Royaume qui roulent des paillettes d'or

-Arrêt de Louis XV, portant réglement au sujet des Cueilleurs d'Or de Pailloles, 1751

-Outils miniers du 18 ème Siècle, Encyclopédie Diderot & d'Alembert

Académie Royale des Sciences, 1761
-Article sur les paillettes et grains d'or de l'Ariège
-Mémoire sur les paillettes et les grains d'or de l'Ariège par Jean-Étienne Guettard, d'après une lettre de Monsieur Pailhès, Changeur pour le Roi à Pamiers

Etienne De Gensanne, 1776
-Histoire naturelle de la province du Languedoc

Baron de Dietrich, 1786:
-Mémoire sur l'or que l'on retire de l'Ariège

Le Magasin Pittoresque 1848
-Les Orpailleurs

Rodolphe Reuss 1897
-Les Orpailleurs du Rhin au XVII ème siècle


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